Au clair de la Lune un hommage perso

Bruno CAILLARD

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Et bien voilà, au clair de la Lune, il est parti notre ami Pierrot. Alors je prends ma plume pour lui écrire un mot.

Je déteste les beaux discours post-mortem mais je dois avouer que je suis fasciné par les grands hommes. Et il y en a suffisamment peu pour être touché lorsque l’un d’eux s’en va.

Alors je vais essayé d’éviter de tomber dans le pathétique - je suis même certain que cela lui déplairait - mais juste rappeler que l’Abbé Pierre fut probablement le premier autoconstructeur institutionnel :

En 1949, Henri Groues dit l’abbé Pierre, vit dans une maison délabrée à Neuilly Plaisance. De ces ruines va naitre un grand projet. Il tire de la misère plusieurs compagnons d’infortune qui s’investissent dans son projet de rénovation. L’un deux est sauvé du suicide, galvanisé par cette perspective.

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L’abbé Pierre pose la première pierre de HLM Emmaüs

Cette maison, lieu de rencontres, devient une auberge de jeunesse internationale que l’Abbé baptise « Emmaüs ». Le mouvement Emmaüs naît de cette initiative dont le but est « d’agir pour que chaque homme, chaque société, chaque nation puisse vivre, s’affirmer et s’accomplir dans l’échange et le partage, ainsi que dans une égale dignité » (extrait du Manifeste universel). Depuis, la problèmatique du logement a été au coeur des préoccupations de l’association ; problèmatique malheureusement toujours d’actualité.

L’oeuvre de l’Abbé Pierre est immense mais j’ai un coup de coeur pour la période initiale, celle pendant laquelle quelques malheureux ont mis leur énergie et leur (dés)espoir en commun. Que faut-il à l’homme sinon un projet ? Les autoconstructeurs qui lisent ces lignes savent de quoi je parle. Ce n’est pas le manque de moyens qui nous motivent mais la satisfaction de réaliser quelque chose, de se réaliser au final.

Cette expérience de vie en commun peut aussi nous inspirer. Il existe des expériences de partage de chantier - tu viens m’aider, je viens t’aider. De la solidarité concrète et pragmatique.

Mais les autoconstructeurs sont en majorité des privilégiés ; comparés aux campeurs permanents des enfants de Don-Quichotte. Ceux-là n’ont ni les moyens d’acquérir une surface constructible, ni les moyens d’acheter les matériaux. Il n’y a pas à en rougir ou culpabiliser, ni devenir fataliste.

Pourtant, les terres existent. l’état, l’église ou l’Armée sont de grands priopriétaires. N’y aurait-il pas possibilité d’utiliser certains fonds sociaux pour aider ceux qui veulent s’aider ? Voici une place, l’outil et la matière ; tu fais le reste. Du même coup tu démontres et tu t’insères.
Et nous autoconstructeurs, ne pourrions-nous pas prolonger notre expérience au service des plus démunis ? Tout comme certains consacrent un peu de leur temps à servir des plats chauds dans les restos du coeur. Ne pourrait-il pas exister les Archis du Coeur, une communauté de bâtisseurs ?

Bon maintenant j’arrête, je deviens pathétique et j’ai un chantier à terminer...

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