Histoire, Gestion publique, Précarité

Histoire

L’ashram indien en est la forme la plus ancienne, il existait en 500 avant Jésus-Christ. La communauté taoïste également. Le mouvement kibboutz n’est pas non plus récent, et il comptait 269 colonies et 126 700 personnes en 1986, soit environ 3% de la population juive d’Israël [1]. Le rassemblement est la forme primitive d’habitat par excellence, mais il a disparu dans la société moderne. Jusqu’à ce que certains ethnologues s’intéressent avant la guerre à la participation.

Puis André Lurçat, héroïquement, a « inventé », sur le tas, la participation urbaine active lors de son projet de reconstruction de Maubeuge vers 1945. Il avait été envoyé par « Paris » comme urbaniste et, m’avait-il raconté, avait été reçu un soir, sur les quais humides de la gare de Maubeuge par une délégation de la mairie. Celle-ci l’avait invité à remonter dans le prochain train pour Paris. Lurçat a proposé de rester trois mois au travail, et, si les habitants ne le retenaient pas, de partir aussitôt. Il a organisé la population de la ville en groupes professionnels, culturels, de voisinage, etc. et les a tous rencontrés, écoutés, et fait travailler sur le projet [2].

L’habitat groupé retourne la question de la participation. Au lieu de faire participer les habitants à la conception, c’est au tour de l’architecte de participer. Réinventé en France dans les années 1970 par des aspirants plus ou moins libertaires, c’est une forme commune d’habitat au Danemark, en Suisse, en Allemagne. Il est difficile d’en dater l’apparition, et de juger si les familistères sont une forme d’habitat groupé ou non ; les équitables pionniers de Rochdale sont peut-être la première coopérative apparue. Philippe Bonnin date l’apparition de l’autopromotion dans sa forme actuelle autour de 1965 [3].

Gestion publique

L’habitat groupé se place dans une démarche classique de construction du logement, avec l’emploi d’un architecte concepteur et maître d’œuvre, qui fait réaliser son projet par des entreprises ayant pignon sur rue. Cependant, la particularité d’un tel habitat amène l’acteur public à nuancer son avis, et dans certaines périodes à le favoriser, dans d’autres à ne pas s’en soucier.

En 1983, le nouvellement élu Gouvernement travailliste du Premier Ministre australien Bob Hawke, amena dans le débat public l’idée de détourner l’argent des allocations chômage vers un objectif beaucoup plus constructif, c’est-à-dire la construction de nouvelles communautés suivant le modèle des kibboutzim, qui pourraient donner à des milliers de jeunes chômeurs une source de revenus ainsi qu’un sens à leur vie.

Le 7 mai 1981, le directeur de la construction aux directeurs départementaux de l’équipement, Georges Mercadal, confirme l’intérêt des responsables de la politique du logement pour l’aspiration à l’espace, l’aspiration à la personnalisation de son habitat, à la jouissance à la fois d’une plus grande autonomie de la personne et de relations sociales plus riches et plus directes [4].

Le rapport de la fondation Abbé Pierre affirme l’incapacité des collectivités locales à régler la question du logement social face à la promotion privée soutenue par les innovations gouvernementales, et à peser sur le marché immobilier. En effet, la décentralisation par l’Etat de la question du logement social n’a pas engrangé la mise en œuvre de processus capables de donner aux collectivités locales la puissance pour prendre en charge cette question. On pourrait donc penser que l’acteur public soutient l’autopromotion, qui certes écarte le promoteur de la construction, mais offre un habitat de qualité sans prise en charge de tout le processus. Il n’en est rien. Le mouvement de l’habitat groupé autogéré n’a reçu aucune aide, les démarches récentes sont peu soutenues par les pouvoirs publics.

Pourtant, l’expérience de l’association Eco-quartier de Strasbourg, impliqué dans le projet autopromu de Neudorf (Strasbourg), a initié un revirement de la municipalité de Strasbourg. Habicoop, association d’accompagnement à l’autopromotion, a produit le même effet à Lyon. A Tübingen (Allemagne), où les démarches de ce type sont plus répandues, c’est même parfois à l’initiative de la ville que les habitants se sont rencontrés [5].

Précarité

Autopromotion ne signifie pas précarité, bien au contraire. La temporalité étendue du projet montre bien qu’il ne provient pas du besoin urgent de se loger, mais plutôt de la volonté d’individus d’améliorer son habitat, quitte à retarder l’échéance de son emménagement. L’immeuble de Neudorf revient à 3000€ le mètre carré ; il hébergera deux professeurs, un instituteur, une secrétaire, un psychanalyste, un urbaniste, une femme au foyer. Le projet de Les Prés, à la périphérie d’Angers, compte une secrétaire, un informaticien, une institutrice, un psychologue, une retraitée, une cadre commerciale ... La population de l’écoquartier de Vauban est constituée à 75% de cadres supérieurs et de professions libérales [6].

Notes

[1Allen Butcher, International and Historical Overview of Intentional Community, 1989

[2Lucien Kroll, « P comme participation », in Construire ensemble le grand ensemble.

[3Philippe Bonnin, ibid.

[4Pierre Lefèvre, ibid.

[5« Les précurseurs en Allemagne et en Suisse », in Libération, 4/04/2009

[6Michel Bernard, « Le quartier Vauban », in Silence n°358